Il devait enregistrer son père le samedi. Son père est mort le mardi.
Résumé : J'ai passé deux semaines à lire des forums de parents. Ce que j'y ai trouvé ne ressemblait pas à de la nostalgie. Ça ressemblait à une peur, et à des gens qui bricolent tout seuls pour s'en protéger.
Sept jours. Il en a manqué quatre.
Un homme de 36 ans racontait sur un forum qu'il avait prévu d'enregistrer son père. Le père était malade, la chimio venait de s'arrêter, on parlait encore de plusieurs mois devant eux. Ils avaient fixé le samedi.
Le mardi, son père lui a raconté sa vie pendant deux heures. Sans caméra, sans téléphone, rien. Il a plaisanté : tu me raconteras tout ça samedi, quand on enregistrera. Son père a dit bien sûr.
- MardiDeux heures d'histoires. Rien d'enregistré.
- MercrediL'hôpital.
- JeudiLes soins palliatifs. Il parle à peine.
- SamediIl ne répond plus.
Sept jours entre la décision et l'enregistrement. Il en a manqué quatre.
Mais ce n'est pas cette phrase-là qui m'a tenue éveillée
C'est celle d'après.
Il expliquait qu'il n'avait presque aucune photo avec son père. Pas par négligence, pas par distance — au contraire. Il était là tout le temps. Et parce qu'il était là tout le temps, personne n'a jamais pensé à sortir un appareil. Leur dernière photo ensemble datait de cinq ans, prise uniquement parce que son frère était venu de loin — et qu'une visite rare, ça, ça se photographie.
On ne documente jamais
les gens qu'on voit tous les jours.
Arrêtez-vous deux secondes. Combien de photos avez-vous de votre dernier voyage ? Et combien de vous, votre conjoint et vos enfants, tous ensemble, un mardi soir ordinaire ?
Ce n'est pas un défaut de caractère. C'est un angle mort. Le quotidien ne se signale pas comme un événement, donc on ne l'enregistre pas. Et c'est exactement le quotidien dont on voudra se souvenir.
Créer le film de notre famille →Ce que les parents font déjà, seuls, dans leur coin
Ce qui m'a le plus frappée en lisant ces forums, ce n'est pas la tristesse. C'est le bricolage.
Un père a créé une adresse e-mail au nom de sa fille, le jour de sa naissance. Chaque semaine, il lui envoie des photos et un message. Le mot de passe est rangé quelque part, au cas où. Elle a trois ans et demi. Elle ne le sait pas encore.
Trois autres parents, dans le même fil, ont dit faire exactement la même chose. Un autre tient un journal et a prévenu ses proches de l'endroit où il est rangé. Une mère, avant d'accoucher, a préparé une boîte de lettres pour son mari et son bébé, et l'a confiée à sa sœur — juste au cas où. Un père explique que son téléphone est rempli de vidéos destinées à ses fils, pour qu'ils puissent entendre sa voix plus tard, s'il n'est plus là pour la leur donner.
Personne ne leur a vendu ça. Ils l'ont inventé seuls, chacun de leur côté, parce que le besoin était plus fort que l'absence d'outil.
La voix s'efface toujours en premier
C'est le regret qui revient le plus, et de loin.
Un homme écrit qu'il n'a pas un seul enregistrement de la voix de son père, et qu'il donnerait n'importe quoi pour une vidéo. Juste sous son message, un autre lui répond que ça fera dix ans dans quelques mois — et qu'il ne se souvient plus de la voix de la sienne.
Les photos, on en a. Le visage, on le retient. La voix, non. Elle part la première, et sans support elle ne revient pas.
Chez Lovewalls, chaque film est raconté par une voix off, du début à la fin.
Créer le film de notre famille →Pourquoi presque personne ne le fait
Parce que la solution évidente ne marche pas.
La solution évidente, c'est d'asseoir les gens devant une caméra. Et là, ça bloque. Une femme raconte que ses parents, plus de 80 ans, se figent dès qu'on braque un téléphone sur eux — ou refusent carrément de parler tant qu'on ne l'a pas rangé. Ils ne changeront pas.
Alors on repousse. On se dit qu'on le fera cet été, à Noël, quand on aura le temps. Et le temps, comme cet homme de 36 ans l'a appris, n'a jamais promis d'être là.
La solution que j'ai fini par trouver
Chez Lovewalls, personne n'est filmé. Personne n'a besoin d'être à l'aise devant quoi que ce soit.
Vous envoyez deux photos et vous racontez votre histoire en quelques lignes. Comment vous vous êtes rencontrés, la maison, le prénom du chien, l'année difficile, la naissance. Ils en font un film d'animation où vous êtes les personnages, dessinés d'après vos visages, avec une voix off qui raconte.
Pas un diaporama de photos. Un vrai film, que votre enfant pourra regarder à dix ans, à vingt, à quarante.
Créer le film de notre famille →« Je ne sais pas raconter »
C'est l'objection qu'ils entendent le plus souvent. Et elle est fausse.
Sur 695 films produits, la moitié des clients ont écrit moins de 535 caractères. Cent d'entre eux moins de 200. Un client a écrit quatre lignes. Quatre.
Vous n'avez pas besoin de savoir écrire. Vous avez besoin de vous souvenir.
Et dans vingt ans
Un album se range. Un film se rejoue — aux anniversaires, quand ils sont grands, quand ils montrent à leurs propres enfants à quoi vous ressembliez à cet âge-là.
C'est toute la différence entre archiver et transmettre.
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Un film ne protège de rien. Personne ne peut faire ça.
Il fait quelque chose de beaucoup plus modeste : il vous évite de dépendre uniquement de votre mémoire, qui vous fera défaut, ni de celle d'un enfant de trois ans, qui n'a pas encore commencé.
Ce que vous vivez cette année ne se reproduira pas. Vos enfants ont l'âge qu'ils ont pour douze mois encore. C'est tout.
— Camille R.
